Renart rencontre Jesper le vieux chat et Magnificus le sanglier.


Une pluie d’hiver tombait à grosses gouttes. Renart le goupil couru se réfugier sous le grand arbre. Là se trouvaient déjà Jesper le vieux chat et Magnificus le sanglier qui tentaient tant bien que mal de se mettre à l’abri.

- Maudit temps, grommela le vieux chat.

- Je n’ai plus un poil de sec, renchérit le sanglier.

Renart sous sa fourrure dégoulinanate ressemblait davantage à un lapereau qu’à un goupil.

- Ne vous plaignez pas messires, j’ai moi-même l’impression d’être passé dans le lavoir de la vieille Gertrude, leur répondit le goupil.

- Cet hiver est celui de trop, reprit Jesper, je crains de ne point voir le printemps cette année.

- Vous voilà bien pessimiste cher ami, lui répondit Renart.

- Non, il a raison, dit Magnificus. Nous n’avons presque plus rien à manger et nous prenons de plus en plus froid.


Renart les regarda l’un après l’autre et reprit la parole.

- Mes amis, si nous mettions nos forces en commun, nous serions plus fort et nous pourrions vaincre bien des périls.

- A quoi penses tu ? demanda Magnificus.

- De quoi parles tu ? demanda Jesper.

- Je dis que si chacun de nous apporte aux autres, nous passerons l’hiver, répondit Renart.

- Je n’ai pas grand chose à partager, dit le vieux chat, tout juste trois petits mulots.

- C’est très bien, lui répondit Renart en les prenant. Et toi Magnificus, qu’as tu à apporter, demanda le goupil en engloutissant un mulot.

- Je n’ai pas beaucoup plus, dit à son tour le sanglier, seulement douze truffes et un cèpe.

Renart se racla la gorge puis porta sa patte à sa gueule et en sortit un petit os qu’il jeta négligemment.

- C’est parfait, dit le goupil en saisissant les champignons. En plus ils ont l’air succulent.

- Mais toi qu’apportes tu ? demanda Jesper.

- Moi, je vous apporte un toit, répondit Renart la bouche pleine.

- Où est il, demanda Magnificus.

- Vous le découvrirez ce soir, dit Renart en s’éloignant.


Renart sortit de la foret et se dirigea vers la colline d’Agassan le lion.

- Bonjour, mon frère, lui dit il.

- Je ne vois pas en quoi ce jour est bon, répondit le lion. Et cesses de m’appeler ainsi. Nous n’avons en commun que le roux de notre fourrure.

- Comme tu le veux mon frère, répondit Renart. Je viens te voir pour te demander de me céder ton vieux moulin abandonné.

- Et pourquoi ferai-je cela ?

- Si tu me le donnes, je ferai venir les plus grands de ce monde et ton territoire sera réputé comme étant le plus beau et le plus grand.

- Prends le, mais gare à toi si tu ne tiens pas parole, répondit le lion et il se retourna pour dormir.


Fou de joie, Renart repartit vers la forêt où l’attendaient ses deux comparses.

- Suivez moi mes compagnons, que je vous montre notre nouvelle demeure. Ce soir nous dormirons au chaud.

A la vue du moulin, les pelages du vieux et chat et du sanglier retrouvèrent de leur superbe.

- N’est ce point le moulin du lion Agassan, demanda Jesper à qui rien n’échappé ?

- Non, il est mien et dorénavant vous y serez mes invités, répondit le goupil.

- Voilà bien une idée magnifique que tu as eu, dit le sanglier.

- Tout à fait mes amis et puisque j’apporte la plus grosse part à notre communauté, il est normal que j’en sois le chef, s’exclama Renart.



Et c’est ainsi que naquit la confrérie du moulin...
Auteur : DVH