Mère Aimée et le lourd sanglier.


Renard est blessé. Il a tenté d’atteindre les raisins suspendus aux murs du moulin, mais alors qu’il allait s’en saisir, un corbeau est passé et a pris sa pitance. Déséquilibré, Renard dans sa chute, s’est cassé la patte.

Ses compagnons du moulin cherchent à le réconforter.

- D’énormes grappes ! D’énormes grappes de raisins aussi verts que des émeraudes. Et Sang-Froid a repéré un grain aussi gros qu’un melon, rouuu rouuu. De quoi permettre à Renard d’oublier les raisins du moulin.

Emane le pigeon tournait en rond tout balançant la tête d’avant en arrière.

- Que souhaites tu que je fasse, demanda Mère-Aimée la mère poule étonnée.

- Comment peut on les atteindre ? Elles sont dans le poulailler et la planche qui permet d’y accéder est cassée, roucoula le pigeon.

- Elle n’est point cassé, tout juste bancale, répondit la poule.

Autour du pigeon et de la mère poule se tenaient regroupés le chien de garde Sang-Froid, la fouine Semi-homme, et le sanglier Magnificus.

- Laisses moi donc essayer, dit le chien en s’avançant.

Et il posa une patte sur la planche posée en équilibre sur un rondin de bois. Sous son poids, la planche s’inclina, un bout posé à terre sous sa patte, l’autre montant au niveau de l’entrée du poulailler.

Il avança avec précaution, mais lorsqu’il dépassa la moitié du chemin, la planche bascula sur son axe et l’extrémité menant au poulailler était à présent trop basse pour atteindre l’entrée.

Men le cygne solitaire qui observait la troupe depuis un coin retiré de la basse-cour, s’approcha.

- Crois tu vraiment que nous devions les aider demanda t’il à la mère poule.

- Ce ne sont que des brebis égarées que j’ai pris sous mon aile, répondit elle.

- Alors, dis leur ce qu’il faut faire, conclut le vieux cygne.

Acquiesçant de la tête, Mère-Aimée se retourna vers nos amis.

- Pour pouvoir entrer dans le poulailler et prendre le raisin, chacun de vous doit me rendre ce qu’il a dérobé.

Emane fut le premier. Il tendit à la poule un sac de millet.

Mère-Aimée posa le sac au bout de la planche qui s’inclina, et le petit pigeon put ainsi monter au poulailler sans que celle ci ne bascula.

Semi-homme suivit de près et tendit à la poule un énorme civet.

Mère-Aimée pour le moins effrayée posa le gros civet au bout de la planche qui s’inclina, et la petite fouine commença à monter. Mais lorsqu’elle eut dépassé la moitié du chemin, la planche sous son poids bascula vers le bas. La fouine pleine de promptitude fit demi-tour.

- Es tu certain de m’avoir tout rendu, lui demanda la poule.

Et Semi-homme lui tendit un cuissot jusque là caché dans son dos. La mère poule le déposa au bout de la planche qui de nouveau s’inclina et la petite fouine put monter au poulailler sans que la planche ne bougea.

- Et toi Magnificus, n’as tu donc quelques œufs à me rendre, demanda la poule au sanglier.

- Je doute que quelques œufs puissent contrebalancer mon poids, répondit le sanglier.

- Tant pis pour toi, répondit la poule. - Si tu n’as point foi en ce chemin, libre à toi d’en emprunter un plus malin...

Mère-Aimée se tourna enfin vers Sang-Froid. Il tendit à la poule trois petites graines de blé.

Mère-Aimée posa délicatement les trois graines au bout de la planche qui s’inclina vers le bas. L’imposant chien de garde posa une première patte sur la planche puis une deuxième et commença à monter vers le poulailler. Et alors qu’il avait dépassé la moitié du chemin, rien ne se passa et le chien put gravir la planche sans que celle-ci ne bascula.

C’est ainsi qu’ils décrochèrent les grappes de raisins. Magnificus en réclama une de plein droit. La mère poule en entendant cela prit le raisin et dit :

- Cette grappe est pour Renard, car s’il est un coquin, lorsque je lui réclame, il me rend son butin.

Librement inspiré de « Sang visage »

Auteur : DVH