L'Oiseau d'Or.

Ce récit a été lu par Gilot lors de l'épisode «Mercœur et Cœur de Mère». Il raconte l'un des nombreux voyages de Simbad le marin, un personnage d'une campagne de Légendes de la table ronde qui nous a occupé pendant de nombreuses années (si cette épopée vous intéresse, vous trouverez de plus amples renseignements en cliquant ici).

Lorsque Gilot conta cette histoire, Isengrin et Magmaerus usèrent de leur magie pour modifier l'ambiance de la pièce, les différentes ambiances qu'il créérent sont décrites en marge du texte.



Ambiance : normale.

Oyez Gentes Dames et Gentes Damoiseaux. Approchez vous chevaliers ! Ecoutez bien manants, car l'histoire que je vais vous conter est l’une des aventures d’un valeureux marin, fidèle ami d’un seigneur à qui il voua sa vie.

Mais plantons le décor ! Un lieu : le pays de Galles. Un homme : un jeune baron ayant refusé de s’asseoir à la Table Ronde. Une situation : son mariage. Une date : il y a fort longtemps.

« Je veux offrir à ma femme un présent que nul autre ne pourra lui donner » dit le jeune baron.

« Une couronne d’or » proposa son compagnon d’arme.

« Pourquoi pas un faucon de chasse » renchérit son barde.

« Non, aucun de ses présents n’est digne de ma future épouse ». Le jeune baron arpentait de long en large le sol de la grande salle du château. Chacun sentait son désarroi.

Simbad, le marin aux mille voyages, se tenait dans un coin de la pièce. Il était venu prendre congé, partant pour un long voyage vers l’Orient. N’osant déranger le baron en si haute compagnie, il regagna le port perdu dans ses pensées : Quel présent pourrait combler la future dame du baron ?

Ambiance : Le cri d’une mouette se fait entendre. L’odeur des embruns se fait sentir., puis le bruit de la mer et du vent viennent se mêler. Les cris de plusieurs mouettes reprennent de plus belle, le vent commence à souffler en rafale. La pièce passe progressivement au rouge. Le son des voiles qui claquent, le vent de plus en plus fort, le bruit des vagues se brisant sur la coque.

Les vagues déferlaient telles des cavaliers sur les flancs du bateau. Leurs cris de guerre auraient effrayés plus d'un chevalier, pourtant Simbad à la tête de sa troupe ne semblait pas s'en émouvoir. Hurlant ses ordres, se tenant droit à la proue du bateau, il observait ses ennemis : les récifs. Chaque marin connaissait parfaitement la manœuvre et exécutait à la lettre chacun des commandements. La bataille fût rude. Plus d'une fois Simbad et son équipage semblait reculer sous les assauts de la mer, mais à chaque fois le capitaine et son bateau lui rendaient coup pour coup.

Soudain un cri de victoire envahi le navire. Simbad et ses hommes avaient vaincu les tempêtes. C’est ainsi que quelques jours plus tard, leur bateau toutes voiles déchirées, s’échoua sur les abords d’une île qu’il n’avait jusqu’alors jamais croisées.

Ambiance : Les bruits de tempête s’achèvent. Des sons de cours d’eau les remplacent, des parfums de fleurs envahissent la pièce; la couleur passe du rouge à l’orange.

Lorsque Simbad posa pied à terre, tout sentiment de crainte avait disparu. Le décor qui s’offrait à ses yeux était magnifique. Les forets d’un vert émeraude reflétaient les rayons du soleil. Ici et là s’écoulaient des cours d’eau et le doux bruit des cascades et des chants d’oiseaux emplissaient l’atmosphère. Le parfum et les couleurs chatoyantes des fleurs complétaient ce spectacle unique. Partout régnait la quiétude.

Les hommes prirent une nuit de repos et le lendemain entreprirent de réparer les voiles. Alors qu’il s’affairait sur son bateau, les yeux de Simbad furent attirés par un éclat provenant de l’orée de la forêt. Fronçant les sourcils, il regarda longuement dans la direction du scintillement et vit un splendide oiseau doré de la taille d’un aigle.

Ambiance : Le chant des oiseaux remplacent celui des cours d’eau, La couleur passe de l’orange au doré.

« Voilà un cadeau digne de la future épouse » pensa le marin et il se précipita derechef vers l’animal mais celui ci prit son envol. Simbad tenta de le poursuivre et à chaque fois qu’il était sur le point de l’attraper, l’oiseau s’envolait. Alors que notre marin était perchait au bout d’une branche, le bras tendu, la pointe de ses doigts touchant presque le plumage de l’animal, une douce voix lui demanda : « Que tentes tu de faire marin malodorant ? »

Surpris, Simbad perdit l’équilibre et chuta sur un parterre de fleurs. Se relevant, il découvrit devant lui une femme dont la beauté n’avait d’égale que la douceur de sa voix. Sa robe caressée par les rayons du soleil semblait changer constamment de couleur.

« J’aimerai attraper l’oiseau d’Or pour mon seigneur ».

« L’oiseau d’Or ne peut sortir de l’île, il n’y survivrait pas ».

« Belle dame, aides moi s’il te plait car il y va d’un cadeau d’amour. En échange je te conterai comment mon seigneur vit son bras armé d’une épée crachant le feu » implora le marin.

« Tu as aiguisé ma curiosité, intrépide marin. Je ferais en sorte que tu rapportes à ton seigneur ce qu’il désire si tu me contes cette histoire, mais saches que celle à qui est destiné ce présent causera ta perte ».

« Loin de moi l’idée de remettre en doute tes paroles, mais c’est l’oiseau qui m’importe aujourd’hui ».

Simbad conta alors. Il conta comment le jeune baron partit en quête de l’épée pour laver son honneur, comment il croisa le chemin des sirènes, comment il voyagea sur la route qui ne mène nulle part, comment il ôta l’épée de la statue de la marche des géants.

« Surtout ne dis plus un mot » murmura la jeune femme. Brisé dans son élan, Simbad se tue immédiatement, reconnaissant dans le regard de la jeune femme, cette lueur qu’il avait tant de fois vu dans les yeux des jouvencelles qui croisaient le chemin de son seigneur.

Ambiance : Le silence se fait, La couleur passe du doré au jaune.

Découpant quelques joncs à quelques pas d’eux, la femme confectionna une cage, puis se postant au pied d’un arbre, son regard s’arrêta net sur un oiseau au plumage multicolore qui chantait d’une voix cristalline. D’un bond sans élan, elle se propulsa à sa hauteur et s’en saisit. Elle l’enferma dans l’abri et le couvrit de sa cape. Un doux chant s’éleva alors d’entre ses lèvres :


Un plumage couleur or, comme le plus beau soleil
Un chant doux et léger, comme le plus doux réveil
Ta présence offrira, la plus belle compagnie
De ce jour tu auras le nom de canari

La jeune femme tendit alors la cage à Simbad. Lorsque le marin lui rendit sa cape, il découvrit à l’intérieur un tout petit oiseau d’Or.


Et c’est ainsi, Messires de Bretagne et d’Armor,
Que Simbad le marin rapporta de l’Orient,
Pour la future épouse, le plus beau des présents,
Offert par le baron : un petit oiseau d’Or.
Auteur : DVH